« 5 juin 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 263-264], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5419, page consultée le 25 janvier 2026.
5 juin [1837], lundi matin, 9 h. 20 m.
Tu t’en es allé bien vite, mon cher petit homme. J’aurais pourtant bien aimé à te
voir plus longtemps et à déjeuner avec toi en
souvenir de nos bonnes matinées d’autrefois. Malheureusement, ton travail te prend
tout ton temps. Je ne me plains pas, je VOUS plains, car si de mon côté l’amour est
impatient, du tien tu dois être bien désireux de te reposer, pauvre cher petit homme
bien aimé. Tu dois voir, mon pauvre ange, que je prends mon courage à deux mains et
que je fais assez bonne contenance. Cela est d’autant plus beau que j’ai le cœur
débordant d’amour et l’âme remplie de tendresse qui ne demande qu’à s’épanouir.
Tu tâcheras de venir un peu aujourd’hui, n’est-ce pas Toto ? N’est-ce pas mon pauvre petit homme ? J’ai le frotteur1 aujourd’hui.
J’avais oublié de te dire hier que je lui avais parlé et que nous étions convenus
à
5 F. par mois, deux fois par semaine. C’est une petite
dépense que je crois nécessaire dans mes idées de nettetés exagérées. Et puis je suis
si souvent dans mon nid qu’il est bien naturel que je le fasse le plus beau et le
plus
propre possible. Jourto. Jour mon petit Toto. Si tu pouvais venir
déjeuner, ça serait si vite fait et ça me
ferait tant de joie pour le reste de MON vieux jour que je vais encore passer sans
te
voir, et je t’aime tant.
Juliette
1 « Frotteur » : celui qui frotte les parquets.
« 5 juin 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 265-266], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5419, page consultée le 25 janvier 2026.
5 juin [1837], lundi soir, 7 h. ¾
Eh ! bien Mme Pierceau n’est pas venue. Je ne m’en plaindrais pas si elle ne m’avait
fait faire un surcroît de dépenses dont je me serais fort bien passée et si enfin
elle
n’apportait pas une chance pour t’empêcher de venir dans le cas où tu prendrais en
pitié ma solitude, je dirais presque mon veuvage. Vraiment
il y a des gens bien malencontreux dans le monde, et je n’en connais pas de plus
malencontreux que Mme Pierceau si ce n’est moi qu’on pourrait
appeler sans emphase Mme Duguignon1. Inutile de te dire que je m’embête
cordialement et que je ne serai potable et tripotable que devant vous et par vous.
Jourto. C’est-à-dire soir mon gros to. Je vous aime mon cher amour, je vous aime de toute mon
âme. Quand donc vous verrai-je, MA DOUÉ MA DOUÉ2 !
Traduction libre Hin ! hin !
Il fait un temps ravissant exprès pour me narguer.
C’est lâche ! Encore si j’avais envie de chanter, mais c’est tout le contraire. Et
si
je me laissais aller à ma manie, je remplirais l’air de mes zhurlements3. Je vous aime, je vous
aime, je vous désire je vous désire je vous désire.
Juliette
1 « Guigne » ou « guignon » : terme familier pour « malchance ».
2 « Ma Doué ! » : « mon Dieu ! » dans les anciennes langues celtiques et armoricaines.
3 La lettre « z » au début du mot marque l’insistance ludique sur la liaison consciemment fautive devant l’« h » aspiré.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
